Comite 12 jours

Cachez cette violence qu’on ne saurait voir !

La semaine dernière, l’émission Dans les médias, diffusée sur les ondes de Télé-Québec, recevait l’écrivaine Kim Thùy pour parler de ses livres mais surtout de la vision de son immigration au Québec. L’entrevue m’a laissé perplexe et avec un goût un peu amer. Qu’on se le dise tout de suite, Thùy est une écrivaine dont la réputation n’est plus à faire et elle est une femme inspirante à bien des égards.

Cependant, je ne vous cache pas le malaise que j’ai éprouvé en l’écoutant louanger le Québec ainsi que son accueil qui, pour elle fût parfait. Elle a été très bien accueillie et elle s’estime heureuse d’avoir immigrée au Québec. Tant mieux pour elle. Son discours flatte le Québec dans le sens du poil.

Elle a même parler du fait qu’on n’évoque pas assez souvent les bons gestes du quotidien, en prenant en exemple la madame qui concocte une tarte pour son voisin immigrant. Offrir une tarte j’en conviens, est un geste de partage et de bienveillance. Encore une fois, tant mieux.

Là où le bât blesse, c’est cette absente de critique de la société qui l’a accueillie et dont elle semble y être, pour toujours, redevable.

Ok. Maintenant, selon moi, je genre de discours qui flatte une société dans le sens du poil est à double tranchant.

D’une part, de type de discours contribue à déligitimiser et invalider le vécu de personnes immigrantes qui vivent de grandes difficultés d’intégration, et ce, pour plusieurs raisons. Notons par exemple, la couleur de la peau, l’orientation sexuelle ou la confession religieuse, pour ne nommer que ceux-ci.

D’autre part, cela donne des arguments aux individus qui justement ne sont pas porté à croire que les personnes immigrantes peuvent vivre des défis qui sont hors de leur contrôle. Certains seraient tenté de dire « bien voilà, elle s’est bien intégrée et elle a réussi, les autres ont juste à faire pareil ».

Je le sais parce que je suis moi-même immigrante de deuxième génération. Et ce genre de propos je l’ai entendu et je l’entends encore aujourd’hui. Penser que le fardeau de la réussite repose principalement sur le dos de la personne immigrante est un classique trop récurrent.

Cela m’amène à vous partager deux autres réflexions :

1. La loi 21, qui aura et a déjà un impact négatif directement sur l’intégration de personnes issues de minorités culturelles et plus précisément sur les femmes de confession musulmanes. Sur le terrain, j’entends les femmes parler de leur souffrance. Elles dénoncent également les violences qu’elles subissent dans les rues, les regards hostiles, qui s’empirent avec l’adoption de ces lois discriminatoires.

2. Ce lundi marquait le début officiel des 12 journées internationales contre toutes les violences faites aux femmes. Vous vous demandez ou je veux en venir. Attendez, j’arrive.

Des violences faites aux femmes, se déroulent aujourd’hui, ici, au Québec.
Ce même Québec qu’on aime louanger à la télévision sans nuances.

Les femmes racisées sont-elles aussi victimes de violences. Des formes de violence qui attaquent leur intégrité, leur humanité et leur existence. Encore cette semaine, une jeune femme musulmane dénonçait une situation de violence raciste vécue alors qu’elle travaillait. Elle s’est fait traiter de sale arabe par une cliente.

Comment pensez-vous qu’elle décrirait son intégration ? Elle qui doit sans doute avoir vu le jour sur cette terre. Même si cela est sans importance. Plusieurs cas démontrent que certains groupes vivent davantage d’exclusion et de haine que d’autres.

Je tenais à partager cette réflexion au sujet du mythe de l’immigrante modèle afin qu’on ne perdre pas de vue d’essentiels nuances.

Ainsi, en cette période de soutien aux femmes victimes de violences, je vous dis bon courage chère consœurs autochtones, racisées, vivant plusieurs couches de discriminations et subissant de multiples violences dont celles institutionnelles et systémique. Je suis avec vous. Je suis parmi vous. Je suis l’une t’entre vous. Je sais qu’on peut faire mieux en tant que société.

Une tarte c’est ben bon, mais une société inclusive c’est encore mieux !

Stéphanie Germain, immigrante de deuxième génération

 Comite 12 jours

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Nous retranscrivons ici en intégralité le discours de la vice-présidente de la FFQ, Marlihan Lopez, lors de la commémoration du 6 décembre à la Place du 6-décembre-1989 :

Une violence genrée et racialisée. Tantôt banalisée, tantôt fétichisée. Mariages forcées, violences basées sur l’honneur, pourquoi êtes-vous seulement intéressées à nous entendre quand la violence peut être utilisée comme prétexte pour stigmatiser toute une communauté ou pour faire pousser des projets colonialistes et impérialistes? Je ne prétends pas dire qu’il n’existe pas de violence misogyne à l’intérieur de nos communautés, ou qu’il faudrait le cacher. Non certainement pas, nous devons continuer à briser le silence. 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Tantôt hypervisibles, Tantôt effacées.  L’obsession exclusive avec la violence dans le contexte de la sphère privée, la violence envers des femmes « opprimées » par leurs maris « barbares » sert souvent à excuser la violence publique, les actes haineux motivés par le racisme, l’islamophobie et la misogynie.  Mais prêtez-vous attention quand on vous parle des violences racistes, des violences étatiques, des violences systémiques qu’on subit aux quotidien? Quand on vous parle des barrières à l’accès aux ressources pour les femmes victimes de violence? Quand on vous parle de l’absence des services en violence sexuelle à Montréal Nord?

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Peut-on avoir notre #MoiAussi, #AgressionNonAnnoncée sans déclencher une haine raciste envers nos communautés ? Quand est-ce que les violences dont nous sommes victimes recevront la même indignation que reçoivent celles vécues par des femmes appartenant à des groupes dominants : blanches, hétéro, cis ? Où se trouve la colère et l’indignation collective quand nous dénonçons les violences publiques auxquelles nous sommes soumises à cause du racisme systémique? 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Serons-nous encore obligées à choisir entre la lutte contre l’oppression raciste et la lutte contre l’oppression sexiste, sachant qu’on vit ces discriminations simultanément. L’insécurité que l’on ressent dans un contexte d’hostilité qui ne cesse d’empirer envers les personnes racisées, immigrantes, musulmanes… On le ressent en tant que FEMMES et en tant que minorités raciales/ethno-culturelles.  Mais la violence raciste et patriarcale prétend nous obliger à compartimenter nos identités et notre oppression et vous êtes toutes et tous complices. 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Cette année, dans le contexte des 12 jours contre les violences faites aux femmes et de la commémoration du 6 décembre, nous parlons beaucoup d’anti-féminisme, je dirai anti-féminismes en pluriel. Ça a été un moment pour réfléchir aux violences systémiques dont sont victimes les femmes.  La Ville a même reconnu la tuerie à la Polytechnique comme étant un attentant anti-féministe. Reconnaitrons-nous aussi cette vague de violence raciste et genrée, d’islamophobie comme des actes anti-féministes qui mérite également une mobilisation et une indignation collective? 

Nos corps ne seront plus un terrain de violence

 

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